Devinez la plante
Derrière chaque liqueur, il y a des racines, des écorces, des fruits et des feuilles. Dix plantes, trois indices chacune : un fait d'histoire, un trait de botanique, un usage. Moins il vous en faut, mieux vous la connaissez.
Lisez le premier indice et proposez une plante. Si ce n'est pas la bonne, un nouvel indice s'ouvre.
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Énigme 1
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Indice 1 · histoire
Pline l'Ancien raconte qu'elle doit son nom à un roi d'Illyrie, Gentius, qui en aurait découvert les vertus.
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Indice 2 · botanique
Une grande plante vivace de montagne aux fleurs jaunes étoilées ; on n'en récolte que la racine, épaisse, après de nombreuses années de croissance.
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Indice 3 · usage
Sa racine, d'une amertume extrême, fonde des apéritifs amers comme la Suze ; sa cueillette peut être encadrée par arrêté préfectoral.
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Gentiane jaune (Gentiana lutea)
Gentiana lutea, de la famille des Gentianacées, pousse dans les prairies d'altitude. Ce n'est pas une espèce protégée en France, mais elle figure à l'annexe V de la directive Habitats : sa récolte peut être réglementée localement. Sa racine donne leur amertume aux apéritifs de gentiane.
Comment nous le savons
Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXV ; directive 92/43/CEE (« Habitats »), annexe V ; FranceAgriMer, fiche « Gentiane ».
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Énigme 2
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Indice 1 · histoire
Une maison fondée à Bordeaux en 1755 en a fait le cœur de sa liqueur la plus connue.
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Indice 2 · botanique
Une petite ombellifère annuelle, cousine du fenouil et de la coriandre ; on en utilise les fruits, de minuscules « graines » striées.
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Indice 3 · usage
Son arôme vient de l'anéthol, la même molécule que dans la badiane : il parfume les anisettes et les boissons anisées.
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Anis vert (Pimpinella anisum)
Pimpinella anisum appartient aux Apiacées, comme la carotte et le persil. Ses fruits secs, qu'on appelle graines, concentrent l'anéthol. L'anisette bordelaise de Marie Brizard, fondée en 1755, en est l'exemple historique.
Comment nous le savons
International Directory of Company Histories, notice « Marie Brizard & Roger International S.A. », St. James Press ; OCSC, entrée « anise ».
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Énigme 3
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Indice 1 · histoire
Une espèce voisine, japonaise, est toxique : la confusion des deux a provoqué au début des années 2000 des intoxications de nourrissons par des infusions.
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Indice 2 · botanique
Un petit arbre à feuillage persistant du sud de la Chine et du nord du Vietnam ; son fruit sec forme une étoile à huit branches.
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Indice 3 · usage
Riche en anéthol comme l'anis vert, elle entre dans la plupart des boissons anisées.
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Badiane (Illicium verum)
Illicium verum, l'« anis étoilé », est de la famille des Schisandracées. Il partage avec l'anis vert l'anéthol, qui donne leur trouble aux boissons anisées quand on y ajoute de l'eau. Le badianier du Japon (Illicium anisatum), qui lui ressemble, est toxique.
Comment nous le savons
D. Ize-Ludlow et al., « Neurotoxicities in infants seen with the consumption of star anise tea », Pediatrics, 114 (5), 2004, e653-e656.
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Énigme 4
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Indice 1 · histoire
En 1797, à Couvet, dans le Val-de-Travers suisse, une famille ouvre la première distillerie consacrée à la boisson qui porte son nom.
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Indice 2 · botanique
Une armoise vivace aux feuilles argentées et très découpées, de la famille des Astéracées ; elle contient de la thuyone.
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Indice 3 · usage
La boisson qu'on en tire a été interdite en France en 1915 ; sa teneur en thuyone est aujourd'hui plafonnée par le droit européen.
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Grande absinthe (Artemisia absinthium)
Artemisia absinthium donne son nom à l'absinthe. On en distille les feuilles et les sommités fleuries. Sa thuyone a longtemps porté la faute de l'« absinthisme », que les analyses récentes attribuent à l'alcool. L'« Absinthe de Pontarlier » est une indication géographique depuis 2019.
Comment nous le savons
R. Trechsel, « Absinthe », Dictionnaire historique de la Suisse ; règlement d'exécution (UE) 2019/1350 ; règlement (CE) n° 1334/2008.
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Énigme 5
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Indice 1 · histoire
La France et l'Italie partagent pour la liqueur qui porte son nom une même indication géographique, la première à cheval sur une frontière.
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Indice 2 · botanique
Plusieurs petites armoises argentées de haute montagne, qui poussent dans les éboulis et les rochers, au-dessus de 1 500 mètres.
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Indice 3 · usage
Ses parties fleuries macèrent dans l'alcool pour donner une liqueur alpine, de la Savoie au Piémont.
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Génépi (Artemisia umbelliformis, A. genipi, A. glacialis)
Le génépi n'est pas une seule plante mais plusieurs armoises alpines, cousines de la grande absinthe. L'indication géographique « Génépi des Alpes / Genepì degli Alpi » précise les espèces admises ; son cahier des charges français a été homologué en 2014.
Comment nous le savons
Fiche technique de l'indication géographique « Génépi des Alpes / Genepì degli Alpi » ; INAO, Commission nationale des boissons spiritueuses, note du 22 novembre 2016.
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Énigme 6
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Indice 1 · histoire
Vers 1630, une écorce venue des Andes arrive en Europe ; on l'appelle la « poudre des jésuites ».
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Indice 2 · botanique
Un arbre des forêts andines, de la même famille que le caféier ; c'est son écorce qu'on prélève.
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Indice 3 · usage
En 1820, deux pharmaciens parisiens en isolent la quinine ; les apéritifs qui en portent le nom se vendront « contre les fièvres ».
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Quinquina (Cinchona spp.)
Les Cinchona sont des Rubiacées. Pierre-Joseph Pelletier et Joseph Caventou isolent la quinine en 1820, et l'écorce devient l'arme contre le paludisme, en particulier dans les armées coloniales. Les vins et apéritifs au quinquina naissent de cette réputation médicale.
Comment nous le savons
P.-J. Pelletier et J. Caventou, Annales de chimie et de physique, 1820 ; OCSC, entrée « quinine ».
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Énigme 7
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Indice 1 · histoire
Selon une maison d'Angers, sa liqueur, qu'elle date aujourd'hui de 1885, assemble les écorces de ce fruit et celles de son cousin doux.
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Indice 2 · botanique
Un agrume de la famille des Rutacées ; ses fleurs, distillées, donnent le néroli, et ses feuilles l'essence de petit-grain.
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Indice 3 · usage
On en emploie le zeste, séché ou frais, dans les triples secs, les curaçaos et de nombreux amers.
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Orange amère (Citrus × aurantium)
Le bigaradier, ou oranger amer, est un hybride d'agrumes. Son zeste, chargé d'huiles essentielles, est l'un des aromates les plus employés en liquoristerie ; l'amertume vient de la peau, pas de la pulpe.
Comment nous le savons
OCSC, entrées « Cointreau » et « triple sec » (la maison retient aujourd'hui 1885 ; la date de 1875, longtemps avancée, n'est pas documentée).
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Énigme 8
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Indice 1 · histoire
Vers 1266-1270, le poète flamand Jacob van Maerlant recommande déjà ses baies bouillies dans le vin comme remède.
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Indice 2 · botanique
Un conifère ; ses « baies » sont en réalité des cônes charnus, les galbules, qui mettent deux à trois ans à mûrir.
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Indice 3 · usage
C'est l'aromate obligatoire du gin et du genièvre : le droit européen exige que son goût domine dans le gin.
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Genévrier commun (Juniperus communis)
Juniperus communis appartient aux Cupressacées. Ses galbules donnent leur nom au genièvre néerlandais, puis au gin anglais. Le règlement européen sur les boissons spiritueuses réserve la dénomination « gin » aux boissons où domine le genièvre.
Comment nous le savons
Universiteit Leiden, « The dubious Leiden roots of genever and gin », 2016 ; règlement (UE) 2019/787, annexe I, catégorie 20.
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Énigme 9
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Indice 1 · histoire
À Niort, la tradition rattache sa culture à une épidémie de peste du début du XVIIe siècle ; ses tiges y sont confites.
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Indice 2 · botanique
Une grande ombellifère qui peut approcher deux mètres ; racines, tiges et graines sont aromatiques.
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Indice 3 · usage
Sa racine entre dans de nombreux gins et liqueurs de plantes ; son nom latin évoque un archange.
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Angélique officinale (Angelica archangelica)
Angelica archangelica est une Apiacée des régions fraîches et humides. Sa racine fixe les arômes des autres plantes dans les assemblages de gin et de liqueurs. L'épisode niortais de la peste relève de la tradition locale, pas d'un document.
Comment nous le savons
OCSC, entrée « angelica » ; pour Niort, tradition rapportée par l'office de tourisme (non documentée).
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Énigme 10
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Indice 1 · histoire
La tradition rattache à 1611 et aux Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard, à Paris, une « eau » qui porte encore leur nom.
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Indice 2 · botanique
Une plante de la famille de la menthe, dont les feuilles sentent le citron quand on les froisse.
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Indice 3 · usage
Distillée avec d'autres plantes, elle donne l'eau de mélisse, longtemps vendue comme remède.
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Mélisse officinale (Melissa officinalis)
Melissa officinalis est une Lamiacée. L'« eau de mélisse des Carmes » se vend comme un remède domestique ; la date de 1611 est celle de l'installation des Carmes rue de Vaugirard, et la recette lui est rattachée par la tradition. Une marque la reprend au XIXe siècle.
Comment nous le savons
Société historique du VIe arrondissement (sh6e.com), conférence de 2024 sur l'eau des Carmes ; notice « Eau de mélisse », Wikipédia (en dernier recours).
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D'où viennent ces indices
Les noms latins et les familles suivent la classification botanique en vigueur. Les faits d'histoire sont sourcés ; quand ils relèvent de la tradition plutôt que du document, l'explication le dit.
Ces plantes ne sont pas des remèdes : beaucoup ont été vendues comme tels, et c'est une partie de leur histoire, pas un conseil.
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