Aller au contenu
Jouer · enquête d'archives

Qui a interdit l'absinthe, quand, et qu'a-t-on interdit au juste ?

Une boisson interdite en pleine guerre, un décret contesté, une loi votée au printemps. Lisez les pièces du dossier, puis remplissez le carnet : qui, quoi, quand.

Le dossier

Six pièces d'archives, de 1911 à 1915. Lisez-les, puis complétez le carnet. Le carnet ne dit jamais quelle réponse est fausse : il confirme vos réponses justes par lots de trois.

  1. Pièce A

    Une affiche de la Ligue nationale contre l'alcoolisme, 1911

    Affiche pédagogique : organes malades peints en couleurs — foie hypertrophié, estomac, cœur — entre des paragraphes en rouge et bleu ; dernière ligne : « l'alcool et l'absinthe sont les poisons du cerveau ».
    Ligue nationale contre l'alcoolisme. Action néfaste de l'alcool sur notre corps, 1911. Source gallica.bnf.fr / BnF, ark:/12148/btv1b53127521p — domaine public.

    Affiche pédagogique destinée aux écoles et aux lieux publics. Sa dernière ligne vise l'absinthe en particulier : « l'alcool et l'absinthe sont les poisons du cerveau ».

    Source : Ligue nationale contre l'alcoolisme, affiche, 1911, BnF, Gallica ark:/12148/btv1b53127521p.

  2. Pièce B

    Un mur de Paris, 1914

    Photographie noir et blanc d'un panneau d'affichage parisien couvert d'avis officiels de 1914, dont une ordonnance de la préfecture de police interdisant la vente d'absinthe.
    Ordonnances d'interdiction des distributeurs d'argent, de jetons et de vente d'absinthe, avis divers, Agence Rol (photographie de presse), 1914. Source gallica.bnf.fr / BnF, ark:/12148/btv1b6931264m — domaine public.

    Photographie de presse : parmi les avis officiels collés au début de la guerre, une ordonnance de la préfecture de police interdit la vente de l'absinthe.

    Source : Agence Rol, « Ordonnances d'interdiction des distributeurs d'argent, de jetons et de vente d'absinthe, avis divers », 1914, BnF, Gallica ark:/12148/btv1b6931264m.

  3. Pièce C

    Le Petit Parisien, 8 janvier 1915

    « L'interdiction définitive de l'absinthe. Sur la proposition des ministres de l'Intérieur, des Finances et de la Justice, le Président de la République a signé, hier en conseil des ministres, deux importants décrets. […] Le second décret a pour but de rendre définitive l'interdiction de la vente de l'absinthe et des boissons similaires, interdiction qui n'était jusqu'ici que temporaire et limitée à la durée de la guerre. Ces deux décrets seront soumis à l'approbation des Chambres dès l'ouverture de la session ordinaire du Parlement. »

    L'un des quotidiens les plus lus de France annonce la décision le lendemain du conseil des ministres. Le premier des deux décrets limite l'ouverture de nouveaux débits de boissons. « Définitive » : c'est l'intention du gouvernement. Mais un décret suffit-il, et que deviendra-t-il si les Chambres ne l'approuvent pas ?

    Source : Le Petit Parisien, 8 janvier 1915, p. 2, BnF, Gallica ark:/12148/bpt6k5653095.

  4. Pièce D

    Le décret, au Journal officiel, janvier 1915

    « Le Président de la République française, sur le rapport des ministres de l'intérieur, des finances et de la justice, le conseil des ministres entendu ; décrète : Art. 1er. — Sont interdites la vente en gros et au détail ainsi que la circulation de l'absinthe et des liqueurs similaires visées par l'article 15 de la loi du 30 janvier 1907 et l'article 17 de la loi du 26 décembre 1908. Toutefois, la présente interdiction n'est pas applicable aux expéditions faites à destination soit de l'étranger […]. »

    Lisez bien la liste de ce qui est interdit — et ce qui ne l'est pas.

    Source : Journal officiel de la République française, 8 janvier 1915, BnF, Gallica ark:/12148/bpt6k2023701p.

  5. Pièce E

    Le Petit Parisien, 12 janvier 1915

    « M. Adolphe Girod, député du Doubs, vient d'adresser à M. Paul Deschanel, président de la Chambre, la lettre suivante : Monsieur le président, j'ai l'honneur de vous informer que je désire interpeller le gouvernement, à la plus prochaine séance, “sur la légalité du décret visant l'interdiction de l'absinthe et le respect des droits du Parlement en matière législative”. »

    Le Doubs est le département de Pontarlier, première ville française de l'absinthe. Le député ne conteste pas l'interdiction elle-même, mais la voie choisie : un décret plutôt qu'une loi.

    Source : Le Petit Parisien, 12 janvier 1915, p. 2, BnF, Gallica ark:/12148/bpt6k5653137.

  6. Pièce F

    La loi, au Journal officiel, 17 mars 1915

    « Loi relative à l'interdiction de la fabrication, de la vente en gros et au détail, ainsi que de la circulation de l'absinthe et des liqueurs similaires. Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté, le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit : Art. 1er. — Sont interdites la fabrication, la vente en gros et au détail, ainsi que la circulation de l'absinthe et des liqueurs similaires […]. Art. 2. — La présente loi est applicable à l'Algérie et aux colonies. »

    La loi, datée du 16 mars 1915, paraît au Journal officiel le lendemain. Comparez son article premier à celui du décret.

    Source : Journal officiel de la République française, 17 mars 1915, p. 1, BnF, Gallica ark:/12148/bpt6k20237698.

Le carnet

Choisissez une réponse pour chaque case, puis faites vérifier le carnet. Il ne confirme que par lots de trois réponses justes, sans dire lesquelles sont fausses.

Qui ?
  1. Après le décret de janvier 1915, les distillateurs peuvent encore vendre de l'absinthe à …….

    Voir la réponse et la preuve

    des acheteurs à l'étranger. Pièce D : « la présente interdiction n'est pas applicable aux expéditions faites à destination soit de l'étranger ». Vendre aux cafés, aux épiciers et aux débits, en France, c'est faire de la vente en gros ou au détail, que le décret interdit.

  2. Celui qui conteste la légalité du décret est …….

    Voir la réponse et la preuve

    un député du Doubs, Adolphe Girod. Pièce E : Adolphe Girod, député du Doubs — le département de Pontarlier —, veut interpeller le gouvernement « sur la légalité du décret » ; Paul Deschanel n'est que le destinataire de sa lettre.

  3. Avant la guerre, les affiches qui désignent l'absinthe comme un « poison du cerveau » sont signées par …….

    Voir la réponse et la preuve

    la Ligue nationale contre l'alcoolisme. Pièce A : l'affiche de 1911 porte le nom de la Ligue nationale contre l'alcoolisme. La préfecture de police n'intervient qu'en 1914 (pièce B).

Quoi ?
  1. Le décret de janvier 1915 interdit la vente et …… de l'absinthe et des liqueurs similaires.

    Voir la réponse et la preuve

    la circulation. Pièce D : « Sont interdites la vente en gros et au détail ainsi que la circulation » ; les expéditions vers l'étranger sont expressément exceptées. Rien n'est dit de la culture ni de la consommation.

  2. La loi de mars 1915 ajoute à l'interdiction ……, que le décret ne visait pas.

    Voir la réponse et la preuve

    la fabrication. Comparez les pièces D et F : le décret interdit vente et circulation ; la loi commence par « Sont interdites la fabrication, la vente… ». La vente au détail était déjà visée.

  3. Avec l'absinthe, le décret et la loi interdisent …….

    Voir la réponse et la preuve

    les liqueurs similaires. Pièces D et F : « l'absinthe et des liqueurs similaires » ; la pièce C parle de « boissons similaires ». Ni le vin, ni la bière, ni les autres eaux-de-vie ne sont nommés, et la plante pas davantage : on interdit une boisson et celles qui lui ressemblent.

Quand ?
  1. Une première interdiction de vente, « limitée à la durée de la guerre », est prise en …….

    Voir la réponse et la preuve

    août 1914. Pièce B : l'ordonnance est affichée en 1914, parmi les avis du début de la guerre ; pièce C : l'interdiction « n'était jusqu'ici que temporaire et limitée à la durée de la guerre ». La guerre commence en août 1914.

  2. Le décret que publie le Journal officiel (pièce D) est signé en conseil des ministres le …….

    Voir la réponse et la preuve

    7 janvier 1915. Pièce C : Le Petit Parisien du 8 janvier écrit que le Président a signé « hier en conseil des ministres » — donc le 7 janvier 1915.

  3. Les distilleries ont encore le droit de fabriquer de l'absinthe jusqu'en …….

    Voir la réponse et la preuve

    mars 1915. Pièces B, D et F : l'ordonnance de 1914 et le décret de janvier 1915 visent la vente et la circulation, pas la fabrication ; c'est la loi du 16 mars 1915 qui l'interdit à son tour.

L'affaire, reconstituée

L'absinthe tombe en trois temps. En août 1914, une mesure de guerre en suspend la vente. En janvier 1915, un décret étend l'interdit à toute la France, vente et circulation ; on peut encore la distiller, et l'expédier à l'étranger. En mars 1915, une loi interdit aussi la fabrication, jusqu'en Algérie et dans les colonies : à Pontarlier, les alambics de la fée verte s'arrêtent. Des années de campagne antialcoolique avaient préparé le terrain. L'interdit vise une boisson et celles qui lui ressemblent, pas l'alcool en général : le vin et les apéritifs à base de vin restent en vente. La loi de 1915 ne sera abrogée qu'en 2011.

Comment nous le savons

Journal officiel de la République française, 8 janvier et 17 mars 1915 ; Le Petit Parisien, 8 et 12 janvier 1915 ; affiches de 1911 et 1914 ; tous consultables sur Gallica (BnF). Portée du décret : Conseil d'État, 29 avril 1921, Société Premier et Henry.

Comment cette enquête est construite

Les six pièces sont authentiques : affiches, photographie de presse, articles du Petit Parisien et textes du Journal officiel, tous conservés par la Bibliothèque nationale de France et consultables sur Gallica. Les citations sont recopiées des pages numérisées, avec de rares coupes signalées par […].

Le principe de la confirmation par lots vient des jeux de déduction : on ne peut pas trouver une case en essayant toutes les réponses, il faut avoir compris assez de l'affaire pour en tenir trois à la fois. Sans JavaScript, chaque case montre directement sa réponse et sa preuve.

Les autres jeux

  • Quiz · idées reçues

    Légende ou histoire ?

    Un moine de 1510, une absinthe qui rend fou, un médecin qui invente le gin : à vous de trancher, preuves à l'appui.

    10 affirmations · 10 minutes

  • Observation · affiches

    Lire une étiquette

    Médailles, moines, promesses de santé : cinq affiches et étiquettes anciennes à déchiffrer, zone par zone.

    5 pièces · 15 minutes

  • Énigmes · botanique

    Devinez la plante

    Dix plantes des liqueurs et des amers, trois indices chacune : l'histoire, la botanique, l'usage.

    10 énigmes · 10 minutes

  • Quiz · trois niveaux

    Apprendre les spiritueux

    De la canne au rhum, du grain au whisky : trois niveaux de questions sur les matières, les gestes et l'histoire des spiritueux.

    10 questions par niveau