Histoires de maisons · Get 27
Les frères Get ont-ils créé leur liqueur de menthe en 1796 ?
La liqueur de Revel tient en trois choses : de la menthe poivrée, de l'alcool, du sucre. La marque a longtemps écrit qu'en 1796 Jean Get l'avait créée. Les chercheurs de la Société d'histoire de Revel ont reconstitué la chaîne : une recette plus ancienne, un fondateur qui n'était pas né, un nom qui a changé deux fois.
Le récit
La liqueur de menthe de Revel est plus ancienne que les frères Get : ils ont repris, en 1843, l'affaire d'un autre liquoriste, et lui ont donné le nom de Pippermint.
Revel est une bastide du Lauragais, entre Toulouse et la Montagne Noire, avec sa grande halle et ses rues tirées au cordeau. À la fin du XVIIIe siècle, un liquoriste de la ville, François Pons, y préparerait une liqueur de menthe. C'est la date que la tradition locale retient : 1796. La menthe poivrée est alors une plante de pharmacien autant que de liquoriste, et les distillateurs des petites villes du Midi en tirent des eaux de senteur comme des liqueurs.
En 1843, Pons cède son affaire à deux de ses employés, Dirat et Get. La raison sociale devient « Dirat-Get » en 1853, puis « Get Frères » en 1858. Les frères s'appellent Jean, né en 1818, et Pierre, né en 1824. Jean Get est aussi un notable : il est maire de Revel de 1858 à 1878.
Dans la bouteille, une liqueur de menthe poivrée : l'alcool se charge de l'essence de la plante, riche en menthol, puis on le sucre. C'est le menthol qui donne cette sensation de fraîcheur, presque de froid, propre à la menthe poivrée. Le vert franc de la liqueur ne vient pas de la feuille : c'est une couleur ajoutée, et la version blanche, Get 31, s'en passe.
Dans les années 1860, la liqueur trouve un nom, emprunté à l'anglais peppermint mais écrit à la française : « Pippermint ». La marque est déposée au tribunal de commerce de Villefranche-de-Lauragais le 18 juillet 1868, selon la Société d'histoire de Revel. En 1898, elle devient « Pippermint Get ». Deux ans plus tard, Jules Chéret signe pour elle une affiche : une jeune femme en capeline tient une bouteille rouge, et le nom de la liqueur se déploie sur une arche. Aucun chiffre n'y figure.
Le nombre arrive bien plus tard. En 1969, la maison entre dans le groupe Bénédictine, et la liqueur est rebaptisée Get 27 au cours des années 1970. Le 27 renvoie très probablement au degré d'alcool : la liqueur titrait 28 % vers 1830, puis autour de 27 % entre 1900 et 1980. En 1977 apparaît une version blanche, Get 31. Pour ce 31, on avance un degré d'exportation, sans document, et parfois le numéro du département de la Haute-Garonne, sans aucune source.
La production quitte Revel en 1991 pour la Provence. La marque appartient aujourd'hui au groupe Bacardi, et la liqueur qui porte le nom de 27 titre 17,9 % depuis 2022 : le chiffre est devenu un nom, détaché de ce qu'il mesurait.
La légende face aux sources
La légende
Telle que la raconte la marque, dans ses anciens textes
En 1796, à Revel, Jean Get crée une liqueur à la menthe poivrée. Ses descendants la font connaître dans toute la France, puis dans le monde, sous le nom qu'elle porte encore.
Ce que disent les sources
La phrase contient une impossibilité : Jean Get est né en 1818, vingt-deux ans après la date qu'on lui prête. La Société d'histoire de Revel, dans « Pippermint Get, 200 ans d'histoire », rend la recette de 1796 à François Pons et date de 1843 l'arrivée des Get. La marque a corrigé son récit : son site présente François Pons, « ancien directeur de la Bonbonnière de Revel », comme l'auteur de la recette, et Jean Get comme l'homme qui a épousé l'héritière de l'affaire, Victoire Sablier, et trouvé le nom Pippermint.
La recette de Pons n'est connue que par la tradition : aucun document de 1796 n'a été publié. Le dépôt de 1868 est cité avec sa date et sa juridiction, mais nous ne l'avons pas vu dans les registres.
Le nom actuel n'existe pas avant les années 1970 : pendant plus d'un siècle, la liqueur de Revel s'est appelée Pippermint.
Alors, légende ou histoire ?
Avant de lire la réponse, qu'en pensez-vous ?
Choisissez un degré : c'est la question que se pose l'historien devant chaque récit.
Degré de certitude : Légende
Légende. Jean Get n'était pas né en 1796.
Les frères Get n'ont pas créé la liqueur en 1796 : la date appartient, selon la tradition, à un autre liquoriste, François Pons, et les Get n'entrent dans l'affaire qu'en 1843. La légende a fusionné deux histoires pour donner au nom de la marque l'ancienneté de la recette. Ce que les Get ont vraiment apporté, c'est un nom, Pippermint, et une maison qui a fait de Revel une capitale de la liqueur de menthe.
Comment nous savons
Chaque date de cette histoire renvoie à l'une des sources ci-dessous. Le degré de certitude se lit à la trame du filet : plein pour l'attesté, tireté pour le probable, pointillé pour la tradition, double pour la légende.
Repères
-
1796 Recette de François Pons, selon la tradition -
1818 Naissance de Jean Get -
1843 Pons cède son affaire à Dirat et Get -
1858 Raison sociale « Get Frères » -
1868 Dépôt de la marque Pippermint à Villefranche-de-Lauragais -
1900 Affiche de Jules Chéret -
1969 Entrée dans le groupe Bénédictine -
1977 Lancement de Get 31
Attesté- établi par des documents contemporains des faits.
Probable- vraisemblable et cohérent avec les sources, sans preuve directe.
Tradition- transmis par la maison ou la mémoire locale, sans document qui le confirme ni le dément.
Légende- contredit par les sources, ou forgé après coup.
Ce qui reste incertain
- La recette de 1796 et le rôle de François Pons, connus par la seule tradition.
- Le dépôt du 18 juillet 1868, à vérifier au tribunal de Villefranche-de-Lauragais.
- La date du nom Get 27 : 1970, 1972 ou 1975 selon les sources.
- Le sens du 31 de Get 31.
Sources
- Société d'histoire de Revel Saint-Ferréol, Pippermint Get, 200 ans d'histoire .
- Get 27, Heritage , 2026.